samedi 31 mai 2008
Intéressement : Sarkozy, c'est Gribouille en économie
Nicolas Sarkozy a annoncé une loi supposée généreuse sur l'intéressement des salariés. Qu'en est-il en réalité ?
Le président de la République veut étendre l'intéressement à tous les salariés, alors qu'ils ne sont que huit millions à en bénéficier. On ne peut que s'exclamer : bonne idée. Un peu de rémunération en plus, cela ne peut faire de mal à personne. Sauf que ce bonus pour les salariés sera payé, en partie, par les contribuables (qui sont souvent les mêmes personnes), grâce à un crédit d'impôt de 20% des sommes qui seront distribuées. Comme il s'agit de faire passer l'intéressement de 8 à 16 milliards d'euros en 2008, c'est potentiellement une aide aux entreprises de 1,6 milliards d'euros que Sarkozy nous annonce. Si l'on ajoute que l'intéressement est dépourvu de cotisations sociales, on s'aperçoit alors que le gouvernement s'apprête à subventionner le manque de recette de la sécurité sociale !
Par ailleurs, le président de la République propose de mettre une condition à l'attribution des 23 milliards d'euros de réduction de cotisations sociales, une rente scandaleuse et nocive dénoncée par Marianne dans son dernier numéro. Là aussi, on est tenté d'applaudir. Hélas, la «condition» n'en n'est pas une : il suffira à l'entreprise «d'ouvrir une négociation annuelle» (et non de conclure ) sur les rémunérations (notons que c'est déjà obligatoire depuis belle lurette), pour être en règle et conserver les aides publiques. Gageons que dans bien des établissements, le processus n'ira pas plus loin. On aura donc le résultat suivant : des patrons pourront continuer à serrer les salaires, tout en touchant de l'argent public lorsque leurs entreprises versent un intéressement au détriment de la protection sociale collective ! On ne fait pas plus gribouille.
Les grands patrons, eux, n'ont ce problème : leurs rémunérations ont augmenté de 58% en 2007, grâce notamment à leurs mirifiques stocks options,qui ont progressé, elles de 350%. A ce niveau, plus rien ne les atteint. Tiens, on croyait que de ce côté-là, l'hyperprésident allait remettre de l'ordre. On attend toujours.
Hervé Nathan