samedi 10 mai 2008
Quand Sarkozy passe ses nerfs
Mercredi, à l’Elysée. Nicolas Sarkozy
voulait se rabibocher avec les députés UMP et les
"remettre au pas", selon un participant, cité par Le Parisien. Il les a donc invité à déjeuner.
D'après les participants, le président s'est
lâché sur ses prédecesseurs, ses rivaux et la
presse ! Florilège.
Sur Chirac :
Selon Libération, Nicolas Sarkozy a affirmé "je ne veux pas faire comme
Chirac", tentant ainsi de "conjurer toute tentation
"d'immobilisme". "Le septennat de Chirac a commencé en mai
1995, il s'est terminé en novembre 1995!", a aussi
déclaré le président, d'après Le Parisien. En gros, il continuera ses réformes, sans modifier le cap
ou le rythme.
Sur Mitterrand et De Gaulle :
Il n'y a pas que Chirac qui a pris pour son grade. D'après Le Parisien, Nicolas Sarkozy a également jugé
François Mitterrand "coupable d'avoir baissé les bras
dès 1982" et le général de Gaulle, d'avoir
"failli perdre en 1967"...
Sur Bayrou :
Même François Bayrou n'a pas été
épargné ! Pour Sarkozy, "le conseiller municipal de
Pau" aurait fait échouer l'UMP aux municipales.
Sur Royal :
Naturellement, le nom de sa rivale du PS Ségolène
Royal a également été mentionné...
(voir ci-dessous).
"En fait, il nous a expliqué que c'est lui le meilleur",
a ironisé le député villepiniste Jean-Pierre
Grand...
Et sur la presse ?
Selon Le Parisien, le président "a accusé la presse de ne pas avoir
donné assez d'écho à
la récente condamnation de Ségolène Royal dans
l'affaire de ses ex-collaboratrices parlementaires".
Le chef de l'Etat a notamment reproché à l'AFP, au Parisien, à l'Express, à Marianne, et au Journal du Dimanche de "s'attribuer la fonction d'opposition".
Et alors, ça a marché cette réunion ? Pas vraiment apparemment... Un député chiraquien a
confié à Libération : "On est effondrés". Selon le journal, il était clairement furieux contre les
déclarations de Nicolas Sarkozy!
(Source : Libération, Le Parisien)
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Le comble: Nicolas Sarkozy tape sur la presse
Lisbonne : la probabilité d’un « non » irlandais fait frémir les eurocrates
La panique commence à gagner les convictions
inébranlables des partisans du Traité de Lisbonne devant la probabilité
croissante de la victoire du « Non » lors du référendum irlandais prévu
pour le 12 juin.
Le 7 mai, dans les couloirs du « Rendez-vous des
européens » organisé à Lille par Jean-Pierre Jouyet, le secrétaire
d’Etat aux Affaires européennes, n’a pas caché ses inquiétudes.
Selon Le Figaro, « En aparté des discours officiels, Jean-Pierre Jouyet n’a pas caché son inquiétude. « Il n’y a pas de plan B, il ne faut pas se leurrer, a-t-il dit. Si les Irlandais refusent, ce sera un arrêt, voire un recul pour l’Europe. C’est tout le processus de ratification qui est en cause. »
Mardi, le Premier ministre irlandais Bertie Ahern a démissionné pour laisser sa place à l’actuel ministre des Finances et vice-Premier ministre Brian Cowen, en charge d’assurer la victoire du « oui ».
Dans un article paru dans le Irish Times, Cowen a fait connaître « sa conviction que l’UE avait joué un rôle clef dans le développement de l’Irlande et en avait fait l’un des pays les plus dynamiques du monde ».
Sur les 166 membres du Parlement irlandais, seuls les 4 du Sinn Féin sont résolument contre le Traité de Lisbonne. Mais les sondages montrent l’indécision des 4,3 millions d’irlandais.
Tout d’abord, selon un sondage publié fin avril, seuls 5% d’entre eux disent comprendre le Traité (donc probablement plus que la plupart de la classe politique européenne…).
Ensuite, une autre enquête indique un fort recul du « oui », passé de 43% il y a deux mois à seulement 35%, soit une baisse de 8 points. Le nombre d’indécis se chiffre à 34% tandis que seulement 31% se fixent le choix du « non ».
Serons-nous sauvés par l'Irlande ?
A suivre.....de très près !
Le théâtre de Sarkozy en Tunisie
Lors de sa visite en Tunisie, du 28 au 30 avril, le président Sarkozy a vanté les avancées démocratiques du régime de Ben Ali. Une attitude qui révolte l'écrivain tunisien Taoufik Ben Brik.
Bouchez-vous le nez et dites : "Vous nous barbez !" Car il se passe
apparemment un drôle de manège entre Ben Ali et Sarkozy. Les stratèges
politiques s'adressent aux stratèges politiques, les éditorialistes aux
éditorialistes, un mécanisme qui tourne à fond pour vendre la
révélation du printemps 2008 : la démocratie "made in Tunisia".
Petits extraits présidentiels : "Aujourd'hui, l'espace des libertés
progresse. Ce sont des signaux encourageants que je veux saluer", a
déclaré en substance le chef de l'Etat français lors du dîner offert le
29 avril par son homologue tunisien. "Ces signaux, ces réformes
s'inscrivent sur un chemin étroit et difficile, celui du respect des
individus. Ce chemin, aucun pays ne peut prétendre l'avoir entièrement
et personne ne peut se poser en censeur (…). Je ne vois pas au nom de
quoi je me permettrais, dans ce pays où je suis venu en ami, de
m'ériger en donneur de leçons. J'ai pleinement confiance, Monsieur le
président, en votre volonté de continuer à élargir l'espace des
libertés."
Qui dit mieux. Du Beaumarchais. "C'est le mariage du Figaro !"
s'esclaffe Ouled Ahmed, le poète tunisien du vin et de l'amour. Aucune
comparaison n'est trop stupide, aucun geste trop démagogique lorsqu'il
s'agit de faire croire qu'on tient enfin le "Karzai maghrébin" et qu'il
n'a pas son pareil. Telle la forêt de Birnam dans Macbeth, nous inflige-t-on, la démocratie à la tunisienne s'est mise en marche. Les grincheux n'y changeront rien.
Et il importe peu que Ben Ali soit président à vie, corrompu et tortionnaire. Hélène Flautre,
présidente de la sous-commission des droits de l'homme du Parlement
européen fait remarquer que "dans la Tunisie de Ben Ali, pas un jour ne
se passe sans qu'un défenseur des droits de l'homme ne soit opprimé ou
harcelé… " La récente grève du bassin minier de Radeyef et d'Oum
Laarayess dans le centre-ouest du pays témoigne sans peine du désarroi
tunisien.
"Il a du culot Sarkozy. Ou plutôt un bon décimètre pour mesurer
'l'élargissement' de l'espace des libertés", dit Oum Ziad, la plus
célèbre chroniqueuse du pays. "C'est vrai, cet espace a été élargi,
mais au profit de Ben Ali et aux dépens des Tunisiens. Il s'en met
plein la poche, il brigue un cinquième mandat sans souci ni tracas, et
il a le don d'avoir toujours le un millième des Tunisiens sous les
verrous !" ajoute-t-elle. "La Tunisie n'étant pas le Tibet, Paris
s'efforcera de ne pas irriter le chef tunisien", réplique-t-on du côté
français.
D'ailleurs, Rama Yade, la secrétaire d'Etat aux droits de l'homme
française, si prompte à s'enflammer sur la Libye de Kadhafi, s'est
montrée peu loquace sur la réalité des droits de l'homme au pays du
jasmin. "Ce n'est pas à l'ordre du jour", a-t-elle déclaré. En tout
cas, le rendez-vous initialement prévu avec l'avocate et militante des
droits de l'homme Radhia Nassraoui, a bel et bien été annulé.
Pis, des journalistes connus pour être le bouclier médiatique de la
Tunisie résistante ont été parqués dans un hôtel cinq étoiles (le Golden Tulip) à 25 kilomètres du centre de Tunis, comme de vulgaires attachés de presse. Christophe Ayad de Libération, Florence Beaugé du Monde,
Mouna El Bana de RFI, "Régis" de France 3 n'ont pas eu même le loisir
de téléphoner aux "têtes brûlées" et aux "enfoirés" du pays.
Une telle attitude choque ? Pas du tout. On s'attendait à pire.
D'autant que nous avons été déjà leurrés par les prédécesseurs de
Sarkozy. Mitterrand est le père de la formule "Tunisie amie"
et Chirac enfante "le miracle tunisien". "On s'attendait de Sarkozy
propagandiste de première et ancien ministre de l'intérieur, une
formule qui claque au vent : la Tunisie, paradis fiscal, ou Tunisie
prison sans barreaux ! C'est décevant", dit Hamma Hammami, opposant
tunisien. De qui se moque-t-on. Les Tunisiens ont cru pendant un long
moment que la France, terre de La Boétie, pourrait aider à la liberté.
Aujourd'hui, on assiste plutôt à L'Avare de Molière.
Taoufik Ben Brik