samedi 10 mai 2008
Le théâtre de Sarkozy en Tunisie
Lors de sa visite en Tunisie, du 28 au 30 avril, le président Sarkozy a vanté les avancées démocratiques du régime de Ben Ali. Une attitude qui révolte l'écrivain tunisien Taoufik Ben Brik.
Bouchez-vous le nez et dites : "Vous nous barbez !" Car il se passe
apparemment un drôle de manège entre Ben Ali et Sarkozy. Les stratèges
politiques s'adressent aux stratèges politiques, les éditorialistes aux
éditorialistes, un mécanisme qui tourne à fond pour vendre la
révélation du printemps 2008 : la démocratie "made in Tunisia".
Petits extraits présidentiels : "Aujourd'hui, l'espace des libertés
progresse. Ce sont des signaux encourageants que je veux saluer", a
déclaré en substance le chef de l'Etat français lors du dîner offert le
29 avril par son homologue tunisien. "Ces signaux, ces réformes
s'inscrivent sur un chemin étroit et difficile, celui du respect des
individus. Ce chemin, aucun pays ne peut prétendre l'avoir entièrement
et personne ne peut se poser en censeur (…). Je ne vois pas au nom de
quoi je me permettrais, dans ce pays où je suis venu en ami, de
m'ériger en donneur de leçons. J'ai pleinement confiance, Monsieur le
président, en votre volonté de continuer à élargir l'espace des
libertés."
Qui dit mieux. Du Beaumarchais. "C'est le mariage du Figaro !"
s'esclaffe Ouled Ahmed, le poète tunisien du vin et de l'amour. Aucune
comparaison n'est trop stupide, aucun geste trop démagogique lorsqu'il
s'agit de faire croire qu'on tient enfin le "Karzai maghrébin" et qu'il
n'a pas son pareil. Telle la forêt de Birnam dans Macbeth, nous inflige-t-on, la démocratie à la tunisienne s'est mise en marche. Les grincheux n'y changeront rien.
Et il importe peu que Ben Ali soit président à vie, corrompu et tortionnaire. Hélène Flautre,
présidente de la sous-commission des droits de l'homme du Parlement
européen fait remarquer que "dans la Tunisie de Ben Ali, pas un jour ne
se passe sans qu'un défenseur des droits de l'homme ne soit opprimé ou
harcelé… " La récente grève du bassin minier de Radeyef et d'Oum
Laarayess dans le centre-ouest du pays témoigne sans peine du désarroi
tunisien.
"Il a du culot Sarkozy. Ou plutôt un bon décimètre pour mesurer
'l'élargissement' de l'espace des libertés", dit Oum Ziad, la plus
célèbre chroniqueuse du pays. "C'est vrai, cet espace a été élargi,
mais au profit de Ben Ali et aux dépens des Tunisiens. Il s'en met
plein la poche, il brigue un cinquième mandat sans souci ni tracas, et
il a le don d'avoir toujours le un millième des Tunisiens sous les
verrous !" ajoute-t-elle. "La Tunisie n'étant pas le Tibet, Paris
s'efforcera de ne pas irriter le chef tunisien", réplique-t-on du côté
français.
D'ailleurs, Rama Yade, la secrétaire d'Etat aux droits de l'homme
française, si prompte à s'enflammer sur la Libye de Kadhafi, s'est
montrée peu loquace sur la réalité des droits de l'homme au pays du
jasmin. "Ce n'est pas à l'ordre du jour", a-t-elle déclaré. En tout
cas, le rendez-vous initialement prévu avec l'avocate et militante des
droits de l'homme Radhia Nassraoui, a bel et bien été annulé.
Pis, des journalistes connus pour être le bouclier médiatique de la
Tunisie résistante ont été parqués dans un hôtel cinq étoiles (le Golden Tulip) à 25 kilomètres du centre de Tunis, comme de vulgaires attachés de presse. Christophe Ayad de Libération, Florence Beaugé du Monde,
Mouna El Bana de RFI, "Régis" de France 3 n'ont pas eu même le loisir
de téléphoner aux "têtes brûlées" et aux "enfoirés" du pays.
Une telle attitude choque ? Pas du tout. On s'attendait à pire.
D'autant que nous avons été déjà leurrés par les prédécesseurs de
Sarkozy. Mitterrand est le père de la formule "Tunisie amie"
et Chirac enfante "le miracle tunisien". "On s'attendait de Sarkozy
propagandiste de première et ancien ministre de l'intérieur, une
formule qui claque au vent : la Tunisie, paradis fiscal, ou Tunisie
prison sans barreaux ! C'est décevant", dit Hamma Hammami, opposant
tunisien. De qui se moque-t-on. Les Tunisiens ont cru pendant un long
moment que la France, terre de La Boétie, pourrait aider à la liberté.
Aujourd'hui, on assiste plutôt à L'Avare de Molière.
Taoufik Ben Brik
Commentaires
espace de liberté
pour le premier paragraphe SARKO a raison BEN ALI agrandi les prisons les cours de promenade aussi mais n oublions pas que le reve de SARKO c est d'agrandir l EUROPE avec les pays du magreb et alors pourquoi pas un president EUROPEEN SARKO candidat apres CHIRAC oh non ????
Poster un commentaire
Rétroliens
URL pour faire un rétrolien vers ce message :
http://www.canalblog.com/cf/fe/tb/?bid=396003&pid=9121227
Liens vers des weblogs qui référencent ce message :