mercredi 23 avril 2008
Happy birthday to you, Mr Président !
Avec i>Télé, la chronique de Nicolas Domenach, directeur-adjoint de la rédaction de Marianne.
Il y a eu la grande désillusion. Maintenant, c'est la colère. La droite
est furax contre son champion. Plus encore que contre Chirac après un
an de règne. La pire des comparaisons pour Sarkozy. Pourtant, elle
revient souvent, comme si une partie des Français voulait enfoncer
l'actuel Président davantage encore, en comparant son immobilisme
brouillon et bavard au reniement passif de son prédécesseur. Selon le
dernier sondage IFOF-JDD, ils ne sont que 36 % de Français à avoir une
bonne opinion du chef de l'Etat contre 37% pour Chirac après un an de
règne également. Le score le plus bas de tous les présidents de la Ve
République, pour celui qui, dans l'hebdomadaire Le Point n'hésite pas à affirmer encore que «gouverner finalement est plus facile que ce que je pensais…» Inconscience ? Arrogance? Provocation?
Tous les sondages pourtant soulignent le même verdict. Ainsi, selon l'enquête de Viavoice pour Libération, 59% des Français jugent son bilan «comme un échec».
A l'exception de la défiscalisation des heures supplémentaires - et
encore, son appréciation est très partagée - il n'est guère de mesures
qui trouvent grâce à leurs yeux. Ainsi le paquet fiscal est-il
majoritairement rejeté, de même que la réduction du nombre de
fonctionnaires ou la suppression des régimes spéciaux de retraite.
Mais, plus généralement, sa politique comme son style sont très
majoritairement réprouvés, y compris par ceux qui ont voté Sarkozy. Les
ouvriers et même les retraités, ces deux électorats qu'il avait su très
habilement conquérir pendant la campagne, se sont détournés de lui et
lui expriment, souvent brutalement, leur amertume, leur frustration et
le ressentiment dont les députés UMP se font les porte-parole de plus
en plus insolents chaque mardi en réunion de groupe à l'Assemblée. Elus
et électeurs consonnent dans la dissonance rageuse.
Même les lecteurs du Figaro se disent «écoeurés» !
Car ils y ont cru à Sarkozy, ils y ont mis leur passion qui se retourne
maintenant contre lui. Allez, par exemple, sur le site du Figaro, vous y lirez, vous y entendrez le long et furieux lamento des électeurs trompés : « J'ai voté pour lui, et je suis écoeuré»,
protestent-ils en cocus mécontents. Les uns incriminent encore son
mauvais genre, son incapacité à s'élever au niveau respectable de la
fonction, en dépit de ses efforts pour prouver qu'il a changé. Certes,
quelques lecteurs figaresques affirment que «Carla est ce qui lui est arrivé de mieux», mais la plupart s'indignent toujours de son exhibitionnisme, de son égotisme, «de sa manière indécente d'exhiber sa femme comme un jouet, un trophée de guerre», et rappellent «nous ne voulons pas de Ken et Barbie à l'Elysée mais d'un couple qui soit à l'écoute».
Les récriminations les plus nombreuses portent sur sa politique. Beaucoup lui reprochent de «n'avoir rien fait pour les petites retraites ou les faibles salaires», mais «tout pour les privilégiés».
Plus nombreux encore sont ceux qui l'accusent de les avoir bernés en
leur faisant croire qu'il était le Thatcher français, alors qu'il se
révèle une «pâle copie chiraquienne». «J'espérais des vraies réformes, écrit ainsi l'un d'eux, et nous n'avons eu que des réformettes à la Chirac». «Ma déception est à la hauteur de mes espoirs, affirme l'autre. Je retrouve la France de son ignoble (sic) prédécesseur». Quand un troisième prévient ni plus ni moins qu'il veut vendre tous ses biens et partir à l'étranger, car Sarkozy «va faire comme les autres et augmenter les impôts»… Celui-là incite à fuir, mais il en est pour en appeler à un sursaut national avec… un autre chef ! «Dans cette ambiance mortifère de fin de règne, la droite doit se trouver impérativement un autre leader»
Juppé le sauveur ?
Sarkozy n'est plus le roi mage, mais un politicien défait aux
municipales et dont on se détourne déjà ! Quelques-uns, rares, évoquent
le nom de François Fillon, mais beaucoup citent celui d'Alain Juppé. Eh
oui, le maire de Bordeaux dont Nicolas Sarkozy disait qu'il était un «diplodocus»,
mort après sa défaite aux législatives, revient de l'au-delà du rejet
populaire grâce à… la disgrâce de Sarkozy et à sa victoire aux
municipales. Un retour de faveur qui ne lui a pas échappé d'ailleurs,
puisque l'ancien Premier ministre confesse désormais ne rien exclure
pour 2012…
Certains même en sont à évoquer le duel du futur :
Juppé-DSK. En attendant, il y a quand même quelques sarkozystes, ravis,
pour lui dire «Courage, tenez bon». A la vérité, ils ne sont pas
nombreux du tout. Mais, basta ! Sarkozy a toujours dit que c'est dans
l'adversité qu'il se révélait le meilleur. Il va falloir qu'il soit le
meilleur des meilleurs. Car aucun Président jusqu'ici ne s'est remis
d'une telle désillusion rageuse, sans en passer par un désastre
électoral ! Sarkozy peut toujours demander à Villepin comment on
organise des législatives anticipées désastreuses, qui permettraient
ensuite une présidentielle triomphante !
Nicolas Domenach
Les réformes de Sarkozy fichent la trouille même à la droite
Demain jeudi 24 avril 2008, le président de la République s’adressera aux Français.
L’avalanche de réformes, vécue comme une fuite en avant, affole jusqu’à
sa majorité. Et de nombreux députés ne se gênent plus pour critiquer le
gouvernement et l’Elysée. Nicolas Sarkozy sait-il encore où il va ? La
question est ouvertement posée. Après un an de mandat seulement…
Que
peut-il dire ? Que peut-il faire ? En quelques jours, Nicolas Sarkozy a
réussi ce tour de force d’avoir alarmé la quasi-totalité des catégories
sociales du pays. Un équarrissage en règle de la protection sociale et
des services publics : valse hésitation autour de la carte « famille
nombreuse », réduction des allocations familiales, obligation faite aux
chômeurs d’accepter des boulots sous-payés sous peine de radiation,
éventualité d’un déremboursement des lunettes par la sécurité sociale,
modulation prochaine de l’allocation de rentrée scolaire, réforme - et
fermetures - des hopitaux… Sans oublier le non remplacement d’un prof
sur deux et les mobilisations lycéennes. Excusez du peu !
Ce
n’est plus Napoléon, c’est Néron Une semaine sanglante aux allures de
suicide collectif. Celui du président, de son gouvernement et de sa
majorité. Comme s’il fallait, à tout prix, désespérer les derniers
grognards. Détacher un par un les pans de cet électorat que le candidat
Sarkozy, c’était sa force, était parvenu à fédérer au fil des ans. Ce
n’est plus Napoléon le petit. C’est Néron et l’incendie de Rome.
Comment
les plus pauvres ne déserteraient-ils pas, eux dont le pouvoir d’achat
est, jour après jour, rongé par l’inflation alors qu’on leur avait
promis la lune ? Comment les classes moyennes ne se sentiraient-elles
pas menacées par cette tourmente qui anéantit tout espoir de mobilité
sociale ? Comment les secteurs les plus conservateurs de l’opinion ne
prendraient-ils pas ombrage de la remise en cause de la famille et des
politiques natalistes ?
La Fronde est déclarée Du coup, ça
tangue dans la majorité. La Fronde est déclarée. On s’autorise tous les
crimes de lèse-majesté. Que voulez-vous, quand on a la trouille… Un
jour, c’est Hervé de Charrette, député UMP du Maine-et-Loire, qui
estime que le gouvernement rend « la réforme haïssable. C’est la potion
amère que les français doivent avaler chaque matin. ». Le lendemain
Claude Goasguen, député UMP du très chic XVIème arrondissement
parisien, déplore que « la vie politique se résume à un face-à-face
entre l’Elysée et l’opinion » et s’épanche sur « le profond malaise »
de la majorité.
C’est encore le président UMP de la commission
des Affaires familiales et sociales de l’Assemblée, Pierre Méhaignerie
– un redoutable bolchevik ! – qui juge que les réformes "vont trop
vite, plus vite que l’explication". Ou un Hervé Mariton, député UMP de
la Drôme qui croit nécessaire de rappeler qu’il préfère que « l’égalité
demeure le principe général d’organisation de la République et de la
réforme de l’Etat ». Ne serait-ce pas le cas ?
Une année de
déception Sans parler du villepiniste Georges Tron, député UMP de
l’Essonne, qui estime que la première année du quinquennat est tout
simplement « « une année de surprise et finalement de déception, une
année en tout cas difficile pour notre majorité. » Même le fidèle
Jean-Pierre Raffarin, entre deux cirages de pompes à la dictature
chinoise et une attaque en piqué sur Ségolène Royal, y va de sa
vacherie : « la réforme a un rythme, on ne peut pas bousculer le pays
»,a-t-il jovialement énoncé.
Jusqu’au bon Edouard Balladur qui
est sorti de sa réserve : « Beaucoup de choses ont été faites depuis un
an, d’où le sentiment d’une certaine surabondance. Il faut permettre
aux Français d’y voir plus clair" Avec le déremboursement des lunettes,
c’est mal parti…
Juppé est prêt à prendre la relève Enfin, au
chapitre de la confiance en l’avenir, on n’oubliera pas Alain Juppé. Le
maire de Bordeaux a gentiment profité de la semaine écoulée pour
déclarer qu’il n’exclut pas d’être candidat en 2012, si Nicolas Sarkozy
ne se représente pas. Comment ? Le président pourrait ne pas se
représenter ? On en est déjà là ?
Et il n’y a pas à l’Assemblée
qu’on se lâche. A l’UMP, où Patrick Devedjian, accusé d’être
responsable du désastre des municipales, est toujours en liberté
surveillée, on flingue a tout va. Le nouveau maire de Nice, Christian
Estrosi, sonne la charge : « Je suis inquiet. Au moment où la gauche
surfe sur les mécontentements et souffle sur les braises de toutes les
revendications, je me demande si l’UMP est organisée pour lui répondre.
Nous nous sommes progressivement coupés de notre base populaire ».
Besancenot n’aurait pas dit mieux.
Radeau de la Méduse Faut-il
dans ce tableau, aux allures de radeau de la Méduse, rappeler les
couacs gouvernementaux ? L’ accusation de « lâcheté » portée par
Nathalie Kosciuko-Morizet contre son ministre de tutelle Jean-Louis
Borloo et le président du groupe UMP à l’Assemblée nationale
Jean-François Copé, fait désormais figure de pécadille.
Hier,
dimanche, un sondage du Journal du dimanche nous apprenait que la cote
de popularité de Nicolas Sarkozy avait encore baissé d’un point depuis
mars. Elle est désormais à 36%.
Juste un problème de
communication ? Il y a un mois pourtant, on ne parlait que de
reconquête. Fini le bling-bling, la bamboche sentimentale et les propos
à l’emporte-pièce. Contraint et forcé par la raclée des municipales, le
caméléon Sarkozy opérait une nouvelle mue – on renonce à les compter…
Cette fois, promis, juré, le locataire de l’Elysée allait enfin habiter
la fonction présidentielle. Un chef de l’Etat apaisé, – Merci Carla –
et un exercice du pouvoir empreint de sobriété, c’était là le ticket
gagnant.
Le reste ? Un malentendu, un problème d’image et de
communication. D’ailleurs, on s’en était allé quérir en urgence les
services du publicitaire Thierry Saussez, bombardé délégué
interministériel à la communication. Avec lui, ils sont maintenant
trois à orchestrer la parole divine. Franck Louvrier, l’historique ;
Pierre Charon l’homme de l’ombre et donc Saussez. Autrement dit, deux
de trop. Bonjour les petits meurtres entres amis.
Force de
caractère ou fuite en avant ? Comme si ce ravalement cosmétique pouvait
suffire. Rolex et Ray-Ban ont, certes, été remisées, mais trop tard. Ce
n’est plus seulement le marketing qui en cause, mais bien les résultats
de l’action présidentielle. Comme le confirme, par exemple, un sondage
de Libération, ce matin.
Et c’est, peut-être, ce qui est le plus
surprenant dans la séquence que nous vivons. Jusqu’ici, Nicolas Sarkozy
était considéré comme le plus professionnel des politiques. Celui qui
calculait le mieux, qui anticipait.
Pour la première fois, la
mécanique semble s’être déréglée. Le rappel à l’ordre du dernier
conseil des ministres, s’il a rétabli un semblant d’unité au sein du
gouvernement, n’a pas réussi à faire taire les députés UMP.
L’emballement des réformes est vécu comme une fuite en avant. Alors
même que Nicolas Sarkozy entendait faire preuve, à travers cette
accélération, de sa force de caractère. Regardez, dans la tempête, le
capitaine tient la barre ! Pas de chance, les marins sont trop secoués
pour pouvoir en juger.
C’est toute la difficulté de l’exercice
cathodique de jeudi. Rassurer un équipage qui souhaite affaler les
voiles, voire jeter l’ancre, en attendant que la mer se calme. C’est
pas gagné…