samedi 19 avril 2008
Clearstream, la lettre de Villepin à ses juges !
«Toute l'instruction a été construite pour Nicolas Sarkozy»
L'instruction de l'affaire Clearstream est close mais avant que le procureur ne prenne ses réquisitions et que les juges d'instruction ne décident du renvoi des différents protagonistes devant le tribunal correctionnel, Dominique de Villepin a tiré sa dernière salve.
Dans une longue lettre adressée, mercredi, aux juges Henri Pons et Jean-Marie d'Huy, l'ancien Premier ministre se défend une fois de plus de toute implication dans l'affaire des listings falsifiés et souligne les immenses lacunes de l'instruction.
Voici, in extenso, la dernière lettre de Dominique de Villepin portée à l'instruction dans le cadre de l'affaire Clearstream :
Paris, le 16 avril 2008
« A défaut du voleur… il faut bien, n'est-ce pas, arrêter quelqu'un ?…
Au fait, peut-être est-on convaincu, à la Sûreté que c'est M. Guillaume
Apollinaire qui a volé la Joconde. La Sûreté et le Parquet doivent au
public des explications précises. M. Guillaume Apollinaire a été
indignement cuisiné par des gens ignorants qui, dans l'impossibilité où
ils sont de donner aux Parisiens la Joconde, jettent en pâture à leur
propre appétit de répression un artiste et un homme de lettres. Même si
l'inculpé obtient, et cela se doit, un non-lieu, c'en est déjà trop. »
Le Journal, 9 septembre 1911.
Messieurs les Présidents,
À l'heure où vous estimez votre instruction terminée, j'entends vous
livrer les réflexions que m'inspire ce dossier. Je le ferai sans
détour, non sans rappeler d'emblée, que je ressens comme une grande
injustice ma mise en cause, d'abord médiatique, puis ensuite
judiciaire.
Tant que j'ai été Premier ministre, me
consacrant à ma tâche, j'ai ignoré maintes attaques, souvent très
basses, lancées contre moi à l'occasion de cette affaire. Cette réserve
n'avait rien d'une esquive : le service de l'Etat exigeait que je ne
m'y abaisse pas. Le temps venu de m'expliquer devant vous comme témoin,
j'ai souhaité, pendant les dix-sept heures de mon audition, vous
présenter la réalité et la limite de mon intervention dans cette
affaire qui s'inscrivait alors dans le cadre strict de mes
responsabilités gouvernementales. Puis, mis en examen sept mois plus
tard, j'ai renoncé à soulever votre incompétence au profit de la Cour
de Justice de la République. Nombreux étaient pourtant ceux qui m'y
poussaient et non moins nombreux ceux qui se sont étonnés de ma
décision. Mais j'ai rejeté cette option procédurale, pour ne pas
laisser croire que je choisissais mes juges et désireux que j'étais de
m'expliquer le plus rapidement possible devant vous qui avez instruit
cette affaire dès le départ.
Pour les mêmes raisons, j'ai écarté
l'idée d'un débat sur la procédure et les vices qui l'affectent. La
tentation était pourtant grande de contester dans sa forme une mise en
examen qui malmène le fait unique sur lequel elle se fonde, à savoir
l'instruction que j'aurais donnée à Jean-Louis GERGORIN d'aller voir le
juge VAN RUYMBEKE pour lui dénoncer des faits que je savais faux.
Quand ce dernier la décrit, sans plus,
comme l'instruction d'« aller voir un juge » pour lui montrer des
listings dont il était persuadé de la véracité, les chefs de mis en
examen, de manière éminemment contestable, transforment cette
instruction prétendue, sèche et imprécise, en plusieurs instructions,
toutes plus détaillées les unes que les autres : d'aller voir tel juge,
de lui adresser des documents précis, de lui dénoncer des personnes
dénommées au moyen de courriers anonymes pour leur imputer des
opérations de corruption ou de blanchiment de fonds. Ce point de
procédure n'est pas de détail puisqu'il semble fonder votre
raisonnement. Qui s'y arrête conçoit que pour me mettre en cause
judiciairement, il a fallu en rajouter, en complétant, pour l'enrichir,
le récit de celui qui m'attribue un rôle que je n'ai jamais eu.
Avec la plus grande fermeté, j'entends
rappeler la vérité dans ce dossier. Jean-Louis GERGORIN qui a été, je
le rappelle, mon supérieur pendant deux ans au Centre d'Analyse et de
Prévision du Ministère des Affaires étrangères, m'a informé le 1er
janvier 2004 de l'existence éventuelle d'un circuit international de
blanchiment sur lequel enquêtait le Général RONDOT, lui-même ancien
conseiller du Centre d'Analyse et de Prévision. Je les ai invités tous
les deux à une réunion le 9 janvier suivant. Quoi que l'on ait dit de
cette initiative, je la revendique dès lors que les faits évoqués par
Jean-Louis GERGORIN avaient d'abord une dimension internationale.
À l'issue de cette réunion, je n'ai
demandé qu'une seule chose au Général RONDOT, et à lui seul : me tenir
informé du résultat de ses investigations. Dans mon esprit, soit elles
devaient confirmer l'existence de ce circuit, soit au contraire, elles
devaient conclure à son inexistence. À ce stade je n'avais évidemment
aucune certitude. Pas plus d'ailleurs que le Général RONDOT lui-même,
déjà en charge du dossier depuis plusieurs mois.
Le 9 janvier 2004, il est exact que des
noms ont été cités, notamment d'hommes politiques, d'industriels, et de
hauts fonctionnaires. Que l'on veuille l'admettre ou non, ce ne sont
pas ces noms qui ont principalement retenu mon attention. Pour moi, il
s'agissait avant tout, d'évaluer si un tel système existait, avant de
rechercher ceux qui, éventuellement, en auraient été les utilisateurs.
Je me suis montré d'autant plus circonspect que dans d'autres affaires
j'avais pu constater que les patronymes de noms de personnes connues
étaient parfois utilisés à leur insu par des tiers, pour brouiller les
pistes.
Est-il sérieux dès lors de me reprocher
d'avoir recommandé au Général RONDOT la plus grande discrétion ?
Qu'aurais-je pu, qu'aurais-je dû faire d'autre ? Que n'aurait-on dit si
l'on avait prévenu les prétendus bénéficiaires de comptes étrangers ?
Il est bien évident que tout responsable politique, soucieux de la
réputation des personnes concernées, mais aussi pour permettre à
l'enquête de se poursuivre, aurait recommandé, dans un cas semblable,
la plus grande discrétion jusqu'à sa conclusion. N'est-ce pas
d'ailleurs ce qui se passe actuellement dans les enquêtes menées dans
plusieurs pays européens, comme en France, sur les bénéficiaires de
comptes au Lichtenstein soupçonnés d'y avoir déposé les produits de
fraude fiscale ?
Le Général RONDOT ne s'est alors pas
manifesté et je n'avais aucune raison de m'en inquiéter, partant du
principe qu'il serait revenu vers moi s'il avait disposé d'éléments
nouveaux, intéressants, voire même probants. Il était pour moi le seul
interlocuteur, compte tenu de ses fonctions de coordonnateur du
Renseignement au Ministère de la Défense, et c'est pourquoi, le 14
avril 2004, quand j'ai décoré Jean-Louis GERGORIN et que ce dernier a
essayé à cette occasion de m'entretenir du dossier CLEARSTREAM, je l'ai
renvoyé vers le Général RONDOT.
Au mois de juillet 2004, lorsque est
paru l'article du POINT consacré à CLEARSTREAM, j'ai alors pris, en
tant que Ministre de l'Intérieur, deux initiatives. D'abord, j'ai saisi
la Direction de la Surveillance du Territoire (DST), dépendant de mon
Ministère. L'aurais-je fait si j'avais eu à craindre qu'elle ne
découvre le rôle que l'on m'impute aujourd'hui ? Ensuite, j'ai demandé
au Général RONDOT de me faire le point de ses investigations, ce que je
n'aurais pas eu besoin de faire si, comme on le prétend, Jean-Louis
GERGORIN m'avait régulièrement et précisément tenu informé. Et enfin,
comment mieux démontrer ma bonne foi, en rappelant que j'ai alors
demandé au Général RONDOT de prendre attache avec la DST pour lui
confier, sans restriction, ce qu'il sait sur cette affaire.
A ce stade, je ne peux que souligner
l'incohérence des accusations portées contre moi. Celui qui, à deux
reprises, a demandé des vérifications à des services réputés
compétents, aurait participé dans le même temps à une entreprise de
falsification et de dénonciation calomnieuse, multipliant ainsi les
risques d'être démasqué.
Pour achever de décrire ce qu'a été très
précisément mon action, j'ajouterai qu'à partir du mois de juillet
2004, avec insistance, Jean-Louis GERGORIN s'est défendu d'être le
corbeau. Il s'en est défendu énergiquement, tant par le biais
d'interviews que dans les lettres qu'il m'a adressées les 8 et 15
novembre 2004 et que je vous ai demandé de verser au dossier de la
procédure. Si j'avais été à l'origine de la rencontre de Jean-Louis
GERGORIN avec le Juge VAN RUYMBEKE, pourquoi aurait-il alors éprouvé le
besoin de se défendre auprès de moi d'être le « soi-disant corbeau » ?
Les vérifications de la DST ont donné
lieu à plusieurs rapports d'étapes et, le 9 décembre 2004, à un rapport
conclusif, tous versés à la procédure. Le dernier d'entre eux établit
sans ambiguïté que la DST, à cette époque encore, demeurait dans
l'incertitude tant de l'identité du ou des auteurs des envois au juge,
que des buts qu'il(s) poursuivai(en)t. À ce moment-là, la Justice ayant
été saisie de ce dossier par la plainte de Monsieur DELMAS, je n'avais
plus, en ma qualité de ministre, à me préoccuper de ce dossier et, dès
avant cette date, le directeur de la DST était allé voir Yves BOT, le
Procureur de Paris pour lui donner ses impressions sur cette affaire.
À la faveur de quelle
construction, mon rôle marginal est-il devenu le pôle d'attraction de
ce dossier ? Rappelons-nous qu'avant même l'ouverture de l'information
judiciaire, a été distillée puis assenée la thèse d'un complot ourdi
par moi-même et le Président de la République, Jacques CHIRAC, pour
nuire à Nicolas SARKOZY.
Une question double se pose alors.
Comment, et au profit de qui, cette thèse a-t-elle été imposée, avant
même que l'instruction n'ait pu recueillir le moindre élément ?
Force est de l'admettre, Nicolas SARKOZY
ayant été présenté en victime quasi unique, va s'imprimer l'idée que
les listings transmis au Juge VAN RUYMBEKE ont été élaborés dans la
seule perspective de le salir et de brider ses ambitions. Dans l'un de
ses rapports, la DST ne manque d'ailleurs pas de souligner ce fait
étrange : l'entourage de Nicolas SARKOZY s'est activé dans les médias
pour revendiquer ce statut de victime alors que Nicolas SARKOZY n'avait
jamais été mis en cause nominativement comme titulaire d'aucun compte,
ni médiatiquement, ni judiciairement. Il faut rappeler qu'à l'origine,
d'aucuns ont pu penser que c'était un familier de l'intéressé et non
pas lui-même qui était visé.
Peu importeraient les thèses
médiatiques, si elles n'avaient pas conditionné l'information
judiciaire, jusqu'à en devenir un élément central.
Nul ne le contestera : toute
l'instruction n'a été conçue que sur l'idée qu'il n‘y avait qu'une
seule victime, et partant, une unique partie civile. Qu'importe si la
falsification des listings a commencé dès février 2003, soit près d'un
an avant que je n'aie été alerté sur CLEARSTREAM !
Qu'importe que d'autres hommes
politiques de premier plan y aient figuré, dès 2003, sous leur
véritable patronyme puisque les raisons pour lesquelles ils y
apparaissent ont été jugées sans intérêt !
Qu'importe que Jean-Louis GERGORIN n'ait
jamais évoqué les comptes NAGY et BOKSA avec le Juge VAN RUYMBEKE et
que son premier envoi (qui devait dans son esprit être le dernier),
consacré à la description d'un réseau uniquement industrialo-mafieux,
ne les mentionnait guère plus !
En réalité, l'affaire a été instruite
comme si les faits ne pouvaient être compris qu'à travers la rivalité
de deux hommes politiques, l'un devenu l'emblématique victime, et
l'autre, pour les besoins de ce scénario, le coupable idéal.
En effet, qu'est-ce qui justifie
quarante et un tomes de procédure, plus de quatre mille deux cents
cotes, dans une affaire de dénonciation calomnieuse ?
Qu'est-ce qui imposait des auditions marathon, peu compatibles, en ce qui me concerne, avec la maigreur des faits ?
Qu'est-ce qui légitimait cette mobilisation policière sans précédent dans ce type d'affaire ?
Qu'est-ce qui appelait la mise en branle inutile d'experts pour décrypter un CD ROM contenant mes archives personnelles ?
Rien, absolument rien, sinon cette évidence : la qualité d'une des
parties civiles, seule considérée, et, par voie de conséquence, la
nécessité de construire un coupable à sa hauteur.
Qu'on ne prétende pas le contraire. Qui
pourrait sérieusement soutenir que la Justice aurait accordé à cette
affaire une telle attention aussi disproportionnée, ciblée et pour tout
dire sans précédent si, sur les listings, n'avaient figuré que des
personnalités peu connues ?
Qu'on ne s'y trompe pas : quarante et un
tomes de procédure n'ont pas pu combler le vide d'une construction qui
ne repose sur aucun élément matériel sérieux et qui ne résiste pas à
ses contradictions internes.
En voici quelques
exemples topiques : le 9 janvier 2004, j'aurais indiqué que le
Président de la République entendait que les services techniques de la
Direction Générale des Services Extérieurs (DGSE) apportent leur
concours au Général RONDOT dans le cadre de son enquête. Pourtant le
Général, aussi obéissant et respectable fut-il, aurait pris
immédiatement sur lui d'ignorer cet ordre et cela sans aucune
conséquence !
Mieux encore, nous n'aurions eu de
cesse, Jean-Louis GERGORIN et moi-même, d'insister pour que ces
services techniques vérifient la fiabilité des informations recueillies
par la source. Et cela serait bien entendu compatible avec l'intention
délictuelle qui nous est prêtée !
Il faudrait encore croire, qu'ayant pour
unique cible Nicolas SARKOZY, je n'aurais jamais invité Jean-Louis
GERGORIN à centrer sur lui les courriers qu'il a adressés au juge.
Plus encore, animé d'un dessein très
noir auquel j'aurais attaché la plus haute importance, je ne me serais
pourtant jamais préoccupé de la suite donnée à ma prétendue
instruction. Qu'on s'en souvienne : dans son récit incohérent,
Jean-Louis GERGORIN serait revenu vers moi le 19 mai 2004, soit un
mois, voire un mois et demi, après cette soi-disant instruction, non
pas parce que je l'aurais convoqué mais parce qu'il aurait éprouvé le
besoin de m'informer d'un élément nouveau ! Ce qui signifie
implicitement mais nécessairement qu'en l'absence de fait nouveau, il
ne serait pas revenu vers moi. C'est dire le peu d'intérêt que j'aurais
ainsi porté aux suites de ma dénonciation !
Mieux encore, j'ai été mis en examen sur
la foi du récit de Jean-Louis GERGORIN qui, ce même 19 mai, m'aurait vu
« jubilant ». J'aurais en effet cru que la fermeture, un week-end ( !),
de plus de huit cents comptes chez CLEARSTREAM, aurait été la
conséquence de l'action du Juge VAN RUYMBEKE. Pourquoi, ceux qui
veulent absolument croire à cette fable, ne tirent pas les conséquences
de cette « jubilation » et n'en déduisent pas que celui qui « jubile »
ignore nécessairement que les informations transmises au juge sont
fausses ? Car s'il n'était pas de bonne foi, comment pourrait-il croire
que l'action du juge a eu un impact sur des comptes inexistants ?
Avec le scalpel infecté du préjugé, on
n'a retenu que ce qui permettrait de me mettre en cause dans les notes,
carnets et abréviations du Général RONDOT, comme dans les déclarations
successives de Jean-Louis GERGORIN pour occulter le reste, c'est-à-dire
tout ce qui pouvait constituer des éléments à décharge susceptibles de
contribuer à la pleine manifestation de la vérité. Construction
schizophrène qui, au passage, fuit ces questions cruciales : le Général
RONDOT, qui travaillait sur ce dossier bien avant qu'il ne soit porté à
ma connaissance, n'avait-il pas intérêt à minimiser son rôle pour
protéger au maximum son Ministère ? Quant à Jean-Louis GERGORIN, comme
tout dans ce dossier en porte la marque, n'avait-il pas intérêt, à
l'époque, à se servir de mon nom pour justifier ses initiatives
personnelles et se couvrir ?
Je ne veux pas mettre en cause la bonne
foi de Jean-Louis GERGORIN. Malheureusement, il est de ceux qui croient
vrai tout ce qui va dans le sens de leurs obsessions. Il est celui qui
a multiplié, seul, les initiatives. Seul, il a décidé de saisir le
Général RONDOT, quand ce que lui transmettait sa source, selon lui,
aurait été un sujet de crainte pour son entreprise qu'il n'a pourtant
pas alertée. Seul, et sans en prévenir le Général RONDOT qui lui en a
fait l'amer reproche, il m'a informé de cette affaire, estimant que
l'enquête n'allait pas assez vite. Seul, il a décidé de voir un juge
considérant que, malgré mon intervention, le Général RONDOT ne mettait
toujours pas en œuvre les moyens nécessaires pour percer à jour ce
système de corruption et de blanchiment auquel il croyait ardemment.
Plutôt que de s'attacher à cet aspect de
la personnalité de Jean-Louis GERGORIN, on a préféré croire à une
dénonciation calomnieuse plus qu'improbable consistant, pour ma part, à
vouloir rester dans l'ombre, tout en lui demandant de se présenter à
découvert devant un juge !
La simplification du préjugé, l'absence
de toute analyse, conduisent ceux qui m'accusent à oublier cette
question essentielle : puisqu'à les entendre, j'aurais donné
instruction à Jean-Louis GERGORIN, à quel moment aurais-je su que les
listings étaient faux ? Le Général RONDOT me l'aurait-il dit le 9
janvier ? Non. Jean-Louis GERGORIN s'en était-il ouvert à moi ? Jamais,
puisqu'il s'est toujours présenté à moi comme convaincu de leur
véracité.
En effet, le Général RONDOT n'est jamais
revenu vers moi, en dépit de ce que soutient fallacieusement la
synthèse policière ubuesque de ce dossier. Non seulement, je ne l'ai
pas vu du 9 janvier au 19 juillet 2004, mais plus encore, il n'aura eu
de certitude quant à la fausseté des listings qu'après son ultime
vérification : un voyage qu'il a effectué en Suisse, fin juillet 2004,
auprès des services secrets de ce pays. Sinon comment aurait-il pu,
convaincu de la fausseté des listings, associer la source qui les lui a
fournis à un autre dossier, extrêmement sensible, traité en
collaboration avec la CIA ?
Mais tout cela, encore une fois, il
faudrait l'oublier. Ne pas se poser les bonnes questions, ne pas
remettre en cause un schéma préétabli, simpliste et caricatural. Tout
élément non conforme à ce schéma d'accusation est ignoré et l'on en
arrive à ce résultat inéluctable : la montagne a accouché d'une souris
au terme d'une longue fuite en avant alors que toutes les accusations
portées contre moi sur la place publique ont été les unes après les
autres démenties : ainsi, il a d'abord été fait état d'un prétendu
rapport de la DST, que j'aurais demandé à mon arrivée au Ministère de
l'Intérieur, dont il a été démontré qu'il n'existait pas. De même, les
perquisitions spectaculaires à mon domicile et à mon bureau n'ont servi
qu'à monter en épingle le mystérieux DVD crypté qui s'est avéré n'avoir
aucun lien avec l'enquête. Puis certains ont voulu voir un nouveau
rebondissement dans la découverte d'un ordinateur à Beyrouth, mais là
encore l'affaire a tourné court.
S'il faut en croire la synthèse
policière, les listings comportant de nombreux autres noms, n'ont été
transmis au juge dans un seul dessein : celui d'empêcher Nicolas
SARKOZY d'accéder à la présidence de l'UMP ! Heureusement que le
ridicule ne tue point. Si les policiers en sont réduits à ce scénario,
c'est pour des raisons évidemment chronologiques.
En effet, en avril 2004, l'échéance
présidentielle est lointaine. Trop pour que la dénonciation qui
viserait Nicolas SARKOZY ne soit pas éventée dans un délai incompatible
avec cette échéance. Il fallait donc en trouver une plus proche et
tenir pour acquis que je ne voulais pas que Nicolas SARKOZY accède à la
tête de l'UMP. Alors qu'en réalité j'en ai soutenu l'idée ! Cette
reconstruction hasardeuse en dit long sur le crédit que mérite cette
enquête.
Ainsi donc je n'ai jamais donné
d'instruction à qui que ce soit de dénoncer quelque fait que ce soit
dont il aurait été prouvé que j'en connaissais la fausseté. Le délit
dont on veut me charger nécessiterait pourtant une preuve irréfutable
de ce que j'aurais donné une instruction précise de dénoncer des faits
que je savais faux. Ce délit est inexistant sur le plan juridique et il
l'est tout autant sur un plan politique et médiatique.
Je vous remercie, Messieurs les
Présidents, de l'attention que vous porterez à ces quelques réflexions
au moment de décider de l'avenir de cette procédure. Je demande à mes
avocats de bien vouloir vous inviter à en tirer toutes les conséquences
juridiques. C'est l'objet de la note qu'ils élaborent et qui vous sera
transmise dans les jours qui viennent. Il va sans dire que je n'ai rien
à craindre d'un éventuel procès, bien au contraire.
Je vous prie de croire, Messieurs les Présidents, en l'assurance de mes sentiments distingués.
Dominique de VILLEPIN